Après l’incendie : quand le danger est passé, mais que le corps et l’esprit restent en alerte
L’incendie est maîtrisé.
L’évacuation est terminée.
On a parfois retrouvé sa maison. Parfois, elle a été endommagée ou détruite. Il faut contacter les assurances, remplir des dossiers, nettoyer, remplacer, organiser, comprendre ce qui va se passer maintenant.
Autour de soi, l’urgence semble progressivement s’éloigner.
Et pourtant, à l’intérieur, quelque chose peut continuer à vivre comme si le danger était encore là.
Une odeur de fumée qui inquiète immédiatement.
Le bruit d’un hélicoptère ou d’une sirène qui fait sursauter.
Le besoin de regarder régulièrement dehors.
Une difficulté à dormir.
Des images qui reviennent.
Une irritabilité inhabituelle.
Une grande fatigue.
Ou parfois, au contraire, presque aucune émotion.
Après avoir vécu une évacuation, avoir vu les flammes approcher, craint pour son logement, ses proches ou ses animaux, il peut falloir du temps pour retrouver un véritable sentiment de sécurité.
Le feu peut être éteint bien avant que l’alerte intérieure ne s’apaise.
Après le danger, le corps peut rester en vigilance
Face à une menace, notre organisme se mobilise.
Il faut réagir.
Partir rapidement.
Rassembler quelques affaires.
Chercher ses proches.
Mettre les animaux en sécurité.
Suivre les consignes.
Attendre des nouvelles.
Dans ces moments-là, le corps n’a pas pour priorité de nous permettre de réfléchir calmement à ce que nous ressentons. Il cherche avant tout à nous permettre de faire face.
Puis le danger s’éloigne.
Mais le retour au calme n’est pas toujours immédiat.
Certaines personnes peuvent rester particulièrement attentives au moindre signe inhabituel : une odeur, un bruit, de la fumée au loin, du vent qui se lève…
Ce n’est pas forcément une réaction volontaire.
Le cerveau a appris qu’un danger réel pouvait survenir et peut continuer quelque temps à chercher les signes qui permettraient de l’anticiper.
« Pourtant, ma maison est toujours là »
Après une catastrophe, nous pouvons également commencer à comparer notre souffrance à celle des autres.
« Je n’ai pas tout perdu. »
« D’autres ont vécu bien pire. »
« Je n’ai pas le droit de me plaindre. »
« Au moins, nous sommes vivants. »
Bien sûr, ressentir de la gratitude pour ce qui a été préservé est possible.
Mais cela n’annule pas ce qui a été vécu.
Avoir été évacué en urgence.
Avoir pensé que sa maison pouvait brûler.
Ne pas savoir où dormir.
Craindre pour un proche.
Voir son environnement détruit.
Perdre des objets chargés de souvenirs.
Être confronté à l’incertitude pendant plusieurs heures ou plusieurs jours.
Tout cela peut être profondément bouleversant.
La souffrance n’a pas besoin d’être comparée pour être légitime.
Perdre davantage qu’un bâtiment
Lorsqu’une habitation est touchée, les pertes ne sont pas uniquement matérielles.
Une maison contient des repères.
Des photographies.
Des objets transmis.
Des souvenirs.
Des habitudes.
Un jardin.
Une chambre.
Un paysage familier.
Parfois, ce sont aussi des terres, un outil de travail ou tout un environnement qui a été transformé.
Même lorsque certains objets peuvent être remplacés financièrement, leur histoire ne peut pas toujours l’être.
Il peut donc exister une véritable forme de deuil.
Et lorsque les démarches administratives commencent immédiatement, il reste parfois très peu de place pour le ressentir.
On devient presque malgré soi gestionnaire de sa propre catastrophe.
Assurance.
Expertise.
Logement.
Travaux.
Papiers.
Nettoyage.
Aides.
Mais derrière les dossiers à remplir reste une personne qui vient de traverser quelque chose.
Quand les émotions arrivent après
Pendant l’urgence, certaines personnes sont extrêmement efficaces.
Elles organisent.
Aident.
Téléphonent.
Trouvent des solutions.
Prennent soin des autres.
Puis, quelques jours ou quelques semaines plus tard, lorsque la situation se stabilise, elles s’effondrent.
Cela peut être difficile à comprendre.
« Pourquoi maintenant ? Le pire est terminé. »
Justement, parfois, c’est seulement lorsque l’environnement redevient suffisamment sécurisant que les émotions trouvent enfin un peu de place.
Il n’existe pas une seule bonne manière de réagir après un événement éprouvant.
Certaines personnes pleurent beaucoup.
D’autres très peu.
Certaines ont besoin de raconter.
D’autres ne veulent surtout pas en parler.
Certaines reprennent rapidement leurs habitudes.
D’autres ont besoin de davantage de temps.
Une réaction différente de celle de son voisin, de son conjoint ou de sa famille n’est pas nécessairement une mauvaise réaction.
Ne pas obliger à raconter
Après un événement marquant, l’entourage peut naturellement vouloir aider.
« Raconte-moi ce qui s’est passé. »
« Ça te ferait du bien d’en parler. »
Parler peut effectivement être précieux.
Mais seulement lorsque la personne en ressent le besoin et dans un cadre qui lui convient.
Certaines personnes auront besoin de raconter plusieurs fois.
D’autres préféreront parler de ce qu’elles ressentent aujourd’hui plutôt que de revenir précisément sur l’incendie.
D’autres encore auront d’abord besoin de retrouver un peu de stabilité avant de pouvoir mettre des mots sur leur expérience.
Accompagner, c’est aussi respecter ce rythme.
Être disponible sans forcer. Écouter sans chercher immédiatement à faire raconter.
Retrouver progressivement un sentiment de sécurité
Après un choc, vouloir « retrouver sa vie d’avant » immédiatement peut mettre beaucoup de pression.
On peut commencer plus simplement.
Retrouver quelques repères.
Un endroit dans lequel on se sent en sécurité.
Des horaires un peu plus réguliers.
Des personnes de confiance.
Une promenade.
Un repas partagé.
Un rituel du soir.
Des informations fiables concernant la situation.
Lorsque cela est possible, retrouver une certaine prévisibilité dans le quotidien peut être rassurant.
Ce sont parfois de toutes petites choses.
Mais après avoir vécu une situation dans laquelle tout pouvait changer en quelques minutes, retrouver ce qui est stable peut avoir une importance particulière.
Quand une odeur, un bruit ou une image réveille la peur
Après un incendie, certains éléments peuvent rappeler brutalement ce qui s’est passé.
Une odeur de brûlé.
Une fumée au loin.
Une sirène.
Un hélicoptère.
Une journée de vent fort.
Une photographie.
Le début de la saison estivale suivante.
Le corps peut réagir avant même que nous ayons eu le temps de réfléchir.
Le cœur accélère.
La respiration change.
Une tension apparaît.
Dans ces moments-là, il peut être utile de revenir progressivement au présent.
Regarder autour de soi.
Identifier où l’on se trouve.
Sentir ses pieds au sol.
Observer quelques éléments concrets de son environnement.
Et se rappeler :
« Ce souvenir appartient à ce que j’ai vécu. Aujourd’hui, je suis ici. »
Lorsque ces réactions sont très intenses ou fréquentes, un accompagnement spécialisé peut être nécessaire.
Et les enfants ?
Les enfants et les adolescents ne manifestent pas toujours leur inquiétude avec des mots.
Après une évacuation ou un incendie, certains peuvent poser énormément de questions.
D’autres devenir plus irritables.
Avoir davantage besoin de leurs parents.
Rencontrer des difficultés pour dormir.
Avoir peur lorsque les adultes s’éloignent.
Rejouer l’événement dans leurs dessins ou leurs jeux.
Ou sembler parfaitement aller bien.
Il est important de leur transmettre des informations adaptées à leur âge, sans leur communiquer davantage de détails anxiogènes qu’ils ne peuvent en comprendre.
Ils ont surtout besoin de savoir :
Qui s’occupe de moi ?
Où allons-nous dormir ?
Est-ce que nous sommes en sécurité maintenant ?
Que va-t-il se passer ensuite ?
Retrouver des routines et des adultes disponibles peut participer à leur redonner progressivement des repères.
Quand l’entraide devient elle aussi une ressource
Après un incendie, quelque chose de très fort peut également apparaître : la solidarité.
Des voisins qui s’entraident.
Des inconnus qui apportent du matériel.
Des bénévoles.
Des associations.
Des professionnels.
Des collectivités.
Des personnes qui offrent simplement leur présence.
La psychologie positive ne consiste évidemment pas à chercher « le bon côté » d’une catastrophe.
Un incendie reste une épreuve. Les pertes restent des pertes.
Mais dans la reconstruction, il peut être précieux de reconnaître également les ressources qui existent autour de soi.
L’entraide.
Les liens.
La capacité à demander de l’aide.
La solidarité d’un territoire.
Les forces que l’on découvre parfois chez soi ou chez les autres.
Reconnaître ces ressources n’efface rien de ce qui s’est passé.
Elles peuvent simplement devenir des points d’appui pour la suite.
Se reconstruire ne signifie pas oublier
Après quelques semaines ou quelques mois, l’entourage peut reprendre sa vie.
Les médias parlent d’autre chose.
Les dispositifs d’urgence diminuent.
Pour les personnes directement touchées, pourtant, l’histoire peut continuer.
Les travaux ne sont pas terminés.
Les paysages portent encore les traces du feu.
Certaines démarches administratives durent.
Et certaines réactions émotionnelles peuvent rester présentes.
La reconstruction n’a donc pas de calendrier universel.
Il peut également exister des périodes plus sensibles : la date anniversaire, une nouvelle alerte incendie, les premières fortes chaleurs ou simplement une odeur qui ramène soudainement à ce qui s’est passé.
Aller mieux ne signifie pas ne plus jamais être touché par le souvenir.
Quand demander une aide professionnelle ?
De nombreuses réactions peuvent apparaître temporairement après un événement particulièrement éprouvant.
Cependant, lorsque les cauchemars, les souvenirs envahissants, l’anxiété, l’hypervigilance, l’évitement, les crises d’angoisse, les difficultés de sommeil ou les changements de comportement sont importants, persistent ou empêchent progressivement de vivre normalement, il est essentiel d’en parler à un professionnel de santé.
Un médecin, un psychologue ou un psychiatre pourra évaluer la situation et proposer, lorsque cela est nécessaire, une prise en charge adaptée, notamment face à un possible trouble de stress post-traumatique.
Un accompagnement de bien-être peut venir soutenir la personne dans la reconstruction de ses repères, l’écoute de ses émotions, la mobilisation de ses ressources et le retour progressif vers un quotidien plus sécurisant, mais il ne remplace pas une prise en charge médicale ou psychologique lorsque celle-ci est nécessaire.
Après l’urgence, prendre soin de l’après
Lors d’un incendie, toute l’attention se porte naturellement sur l’urgence.
Protéger.
Évacuer.
Éteindre.
Héberger.
Ravitailler.
Sécuriser.
Mais une fois les flammes éteintes commence une autre période, beaucoup moins visible :
celle de l’après.
Reconstruire une maison parfois.
Reconstruire un quotidien souvent.
Retrouver confiance dans son environnement.
Accepter certaines pertes.
Réapprendre à se sentir en sécurité.
Et comprendre que l’on n’a pas besoin de « tourner la page » le plus rapidement possible.
La psychologie positive n’invite pas à chercher quelque chose de positif dans ce qui est arrivé.
Elle peut plutôt aider, lorsque la personne est prête, à regarder ce qui reste disponible pour avancer : ses forces, ses proches, ses ressources, ses liens, ses capacités d’adaptation et les personnes qui peuvent marcher un bout de chemin à ses côtés.
Parce qu’après avoir traversé l’urgence, il peut aussi être nécessaire de s’autoriser à être accompagné dans l’après.
Le feu s’éteint parfois en quelques heures ou quelques jours. Retrouver un sentiment de sécurité, lui, peut demander davantage de temps.
