Lorsque le harcèlement s’arrête, on pourrait penser que le plus difficile est derrière soi. Que l’enfant ou l’adolescent va pouvoir reprendre sa vie, retrouver ses camarades, retourner en classe et progressivement « passer à autre chose ».
Pourtant, la fin du harcèlement ne signifie pas toujours la fin de ses conséquences.
Les mots entendus, les humiliations, l’exclusion, la peur ou le sentiment d’avoir été seul face à ce qui arrivait peuvent laisser des traces. Même lorsque la situation est désormais sécurisée, l’enfant peut continuer à se sentir sur ses gardes, perdre confiance en lui ou avoir plus de difficultés à aller vers les autres.
La reconstruction demande alors du temps. Et surtout, elle ne consiste pas à retrouver exactement l’enfant « d’avant », mais à l’aider à avancer en retrouvant progressivement ses propres ressources.
Quand la confiance en soi a été fragilisée
Le harcèlement touche souvent quelque chose de très intime : la perception que l’enfant a de lui-même.
À force d’entendre certaines remarques, d’être rejeté ou dévalorisé, il peut finir par se demander :
« Et s’ils avaient raison ? »
Il peut commencer à se trouver moins intéressant, moins beau, moins capable ou simplement « différent ». Certains enfants deviennent très discrets, n’osent plus prendre la parole ou évitent certaines situations. D’autres peuvent au contraire devenir irritables, se mettre facilement en colère ou sembler constamment sur la défensive.
Ces réactions ne sont pas nécessairement un manque de volonté. Elles peuvent traduire une confiance profondément fragilisée.
Il est donc important de ne pas lui demander immédiatement d’« avoir confiance en lui ». La confiance ne se décrète pas : elle se reconstruit.
Commencer par lui redonner un sentiment de sécurité
Avant de travailler sur la confiance, l’enfant a besoin de sentir qu'il peut à nouveau être en sécurité.
Cela passe notamment par la présence d’adultes disponibles, capables de l’écouter et de prendre au sérieux ce qu’il ressent.
Des phrases simples peuvent avoir beaucoup d’importance :
« Je te crois. »
« Tu peux venir m’en parler. »
« Ce que tu ressens compte. »
« Nous allons chercher des solutions ensemble. »
Il n’est pas toujours nécessaire de poser beaucoup de questions. Parfois, savoir qu’un adulte est présent, disponible et attentif constitue déjà une première étape importante.
L’objectif n’est pas de pousser l’enfant à raconter encore et encore ce qu’il a vécu, mais de lui permettre de retrouver progressivement la sensation qu’il n’a plus à affronter les choses seul.
L’aider à se voir autrement qu’à travers ce qu’il a subi
Le harcèlement peut progressivement prendre énormément de place dans l’identité d’un enfant.
Il devient « celui qu’on embête », « celle qui est rejetée », « celui qui n’a pas d’amis ».
La psychologie positive peut notamment l’aider à élargir de nouveau le regard qu’il porte sur lui-même.
Qui est-il en dehors de cette expérience ?
Qu’aime-t-il ?
Quelles sont ses qualités ?
Qu’est-ce qui le fait rire ?
De quoi est-il fier ?
Quelles difficultés a-t-il déjà réussi à traverser ?
Il ne s’agit pas de lui répéter artificiellement qu’il est formidable ou de chercher à transformer chaque difficulté en quelque chose de positif. Il s’agit plutôt de l’aider à retrouver toutes les parties de lui-même que le harcèlement a parfois fini par faire oublier.
Un enfant qui a été victime de harcèlement n’est pas uniquement ce qu’il a subi.
Recréer de petites expériences positives
La confiance revient rarement grâce à une grande réussite soudaine.
Elle se nourrit souvent de petites expériences répétées.
Réussir quelque chose qu’il pensait ne plus savoir faire. Passer un bon moment avec une personne. Oser donner son avis. Retourner dans une activité qu’il aimait. Découvrir une nouvelle passion. Être valorisé pour une qualité. Se sentir accepté dans un groupe.
Ces expériences peuvent sembler anodines à l’adulte, mais elles permettent progressivement à l’enfant de construire de nouvelles preuves :
« Je suis capable. »
« J’ai de la valeur. »
« Je peux être apprécié pour qui je suis. »
« Toutes les relations ne sont pas dangereuses. »
C’est cette accumulation de petites expériences sécurisantes qui peut progressivement redonner de la solidité à l’estime de soi.
Et retrouver confiance dans les autres ?
Après avoir été moqué, rejeté ou trahi par des camarades, faire confiance peut devenir difficile.
Un enfant peut interpréter un rire comme une moquerie, une conversation à voix basse comme quelque chose dirigé contre lui ou un silence comme un rejet.
Là encore, inutile de lui demander de « faire confiance ».
Il peut commencer petit.
Une personne avec laquelle il se sent bien. Une activité dans un environnement sécurisant. Un adulte référent. Un camarade avec lequel il partage un intérêt.
La confiance relationnelle peut revenir progressivement, une relation après l’autre.
Et il est également important de lui apprendre que faire confiance ne signifie pas tout accepter. Savoir poser une limite, reconnaître une relation qui fait du bien ou au contraire s’éloigner d’un comportement blessant fait aussi partie de la reconstruction.
Respecter son rythme
Certains enfants auront rapidement envie de retourner vers les autres. D’autres auront besoin de davantage de temps.
Il peut être tentant, avec toute la bienveillance du monde, de vouloir accélérer les choses :
« Il faut que tu te fasses de nouveaux amis. »
« Ne pense plus à eux. »
« Maintenant c’est terminé. »
« Il faut aller de l’avant. »
Mais avancer ne signifie pas oublier.
L’enfant a besoin de sentir qu’il peut évoluer à son propre rythme, sans avoir à prouver qu’il va mieux pour rassurer les adultes qui l’entourent.
On peut encourager sans brusquer, proposer sans imposer et valoriser chaque petit pas sans attendre immédiatement le suivant.
Ne pas chercher uniquement ce qui ne va plus
Après une période de harcèlement, l’attention des adultes peut naturellement se concentrer sur les difficultés : sommeil, anxiété, école, isolement, résultats scolaires, relations sociales…
Ces éléments sont importants, mais ils ne doivent pas devenir le seul regard porté sur l’enfant.
Il peut aussi être précieux de remarquer ce qui revient doucement.
Un rire plus spontané. Une activité qu’il recommence à apprécier. Une initiative. Une nouvelle relation. Une émotion qu’il arrive à exprimer. Une situation dans laquelle il ose dire non.
Ces petits signes ne signifient pas que tout est réglé.
Ils montrent simplement que quelque chose se reconstruit.
Et parfois, la psychologie positive commence précisément ici : non pas en demandant à l’enfant de voir le positif dans ce qu’il a vécu, mais en l’aidant à retrouver ses forces, ses ressources et les possibilités qui existent encore autour de lui.
Quand demander de l’aide ?
Certains enfants pourront progressivement retrouver leur équilibre grâce à leur entourage et à un environnement redevenu sécurisant. Pour d’autres, les conséquences peuvent être plus importantes ou persister dans le temps.
Un changement marqué de comportement, un isolement important, une forte anxiété, des troubles du sommeil, un refus scolaire, une perte importante d’estime de soi ou des propos inquiétants doivent notamment inviter à solliciter un professionnel adapté.
Demander de l’aide ne signifie pas dramatiser la situation. Cela permet simplement à l’enfant de ne pas avoir à porter seul ce qu’il a traversé.
Reconstruire, petit à petit
Après le harcèlement, il n’existe pas de calendrier universel.
Certains jours seront plus faciles. D’autres pourront réveiller d’anciennes peurs. La reconstruction n’est pas linéaire.
L’essentiel est peut-être de rappeler à l’enfant qu’il est bien plus que ce qui lui est arrivé.
Derrière les blessures restent ses qualités, ses envies, ses capacités, ses liens, ses rêves et toutes les ressources qu’il pourra progressivement redécouvrir.
Il ne s’agit pas d’effacer son histoire, mais de l’aider à faire en sorte que cette histoire ne définisse pas toute la suite.
