Quand un changement choisi nous fait perdre nos repères
Un déménagement que l'on attendait.
Une expatriation dont on rêvait depuis des années.
Un retour en France après une vie construite ailleurs.
Une séparation que l'on savait nécessaire.
Un nouveau travail que l'on avait pourtant choisi.
Certains changements sont désirés, préparés et parfois même profondément nécessaires.
Et pourtant, une fois qu'ils deviennent réalité, quelque chose peut vaciller.
Une sensation étrange de ne plus vraiment savoir où est sa place. De la fatigue. De la nostalgie. Une perte de motivation. Parfois même cette question difficile à assumer :
« Pourquoi est-ce que je me sens comme ça alors que c'est ce que je voulais ? »
Parce que choisir un changement ne nous protège pas de ce que nous devons laisser derrière nous.
Même un changement positif peut être déstabilisant
Nous associons souvent les changements heureux à des émotions positives.
Un nouveau logement devrait nous rendre heureux.
Un nouveau travail devrait nous enthousiasmer.
Quitter une relation qui ne nous convenait plus devrait nous soulager.
Revenir vivre dans notre pays devrait nous donner l'impression de rentrer « chez nous ».
Mais nos émotions sont rarement aussi simples.
On peut être heureux d'avoir déménagé et regretter son ancien quartier.
Être soulagé d'une séparation et ressentir profondément l'absence de l'autre.
Être enthousiaste à l'idée d'un nouveau travail et perdre confiance en soi durant les premières semaines.
Être heureux de rentrer en France et ressentir un manque immense pour la vie que l'on avait construite ailleurs.
Une émotion n'annule pas l'autre.
Nous pouvons avoir fait le bon choix pour nous et avoir malgré tout besoin de temps pour l'apprivoiser.
Changer de vie, c'est aussi perdre quelque chose
Derrière de nombreuses transitions se cachent de petites ou grandes pertes.
Un lieu familier.
Des habitudes.
Des collègues.
Une routine.
Des amis.
Une relation.
Une langue.
Une façon de vivre.
Une version de soi-même.
Ce ne sont pas nécessairement des pertes définitives. Certaines personnes ou habitudes resteront présentes autrement.
Mais notre quotidien, lui, a changé.
Et parfois, ce n'est pas tant l'ancienne situation qui nous manque que la familiarité qu'elle représentait.
Nous savions où aller, qui appeler, comment organiser nos journées, où acheter notre pain, comment fonctionnait notre travail ou quelle place nous occupions auprès des autres.
Puis soudain, beaucoup de choses doivent être réapprises.
Cela demande une énergie considérable, même lorsque le changement est positif.
« Pourtant, c'est moi qui ai choisi »
Cette phrase peut devenir une source importante de culpabilité.
Parce que lorsque nous avons pris nous-mêmes la décision, nous pouvons avoir l'impression de ne plus avoir le droit de la trouver difficile.
« Je l'ai voulu, alors je ne devrais pas me plaindre. »
« D'autres rêveraient d'être à ma place. »
« Si je suis triste, c'est peut-être que j'ai fait une erreur. »
Pourtant, ressentir une difficulté après une décision ne signifie pas nécessairement que cette décision était mauvaise.
Un choix peut être juste et difficile à la fois.
Nous pouvons savoir pourquoi nous sommes partis et avoir le mal du pays.
Savoir pourquoi nous avons quitté quelqu'un et pleurer cette relation.
Vouloir profondément une nouvelle vie et regretter certains morceaux de l'ancienne.
Reconnaître ce manque ne remet pas automatiquement notre décision en question.
Cela permet simplement de reconnaître ce que cette transition nous coûte aussi.
Lorsque nos repères disparaissent
Nos repères quotidiens participent davantage à notre équilibre que nous ne le réalisons parfois.
Notre trajet habituel.
Notre café préféré.
Les visages que nous croisons.
Notre maison.
Nos collègues.
Les petits rituels du soir.
Les personnes que nous pouvons appeler spontanément.
Lorsque plusieurs de ces éléments disparaissent en même temps, une sensation de flottement peut apparaître.
On ne se reconnaît pas encore complètement dans cette nouvelle vie.
L'ancienne n'est plus vraiment la nôtre.
Et la nouvelle ne nous appartient pas encore tout à fait.
Les périodes de transition ressemblent parfois à un entre-deux.
Un espace inconfortable dans lequel nous avons quitté quelque chose sans avoir encore complètement construit la suite.
Le retour d'expatriation : rentrer chez soi… mais dans quel « chez soi » ?
Le retour après une expatriation ou une longue période à l'étranger peut être particulièrement déroutant.
Nous retrouvons des lieux connus, notre langue, parfois notre famille et nos amis.
Tout devrait donc sembler familier.
Et pourtant, quelque chose a changé.
Parce que pendant notre absence, la vie a continué.
Les autres ont évolué.
Certaines relations se sont transformées.
Des habitudes ont changé.
Et surtout : nous aussi, nous avons changé.
La personne qui revient n'est pas exactement celle qui était partie.
Il peut alors exister une étrange sensation d'être chez soi sans se sentir totalement à sa place.
On peut aimer retrouver son pays et regretter profondément celui que l'on vient de quitter.
Ce sentiment n'est ni ingrat ni incohérent.
Il témoigne simplement du fait que nous pouvons désormais être attachés à plusieurs endroits, plusieurs cultures ou plusieurs versions de notre vie.
Retrouver des repères plutôt que vouloir immédiatement « aller mieux »
Face à cette sensation de désorientation, nous pouvons avoir envie de tout reconstruire très rapidement.
Trouver de nouveaux amis.
Se créer une routine parfaite.
Décorer entièrement son nouveau logement.
Multiplier les projets.
Remplir son agenda.
Cela peut parfois aider. Mais cela peut également devenir une manière de fuir l'inconfort de la transition.
Retrouver ses repères peut commencer beaucoup plus simplement.
Une promenade que l'on refait régulièrement.
Un lieu dans lequel on se sent bien.
Une activité hebdomadaire.
Un appel avec une personne importante.
Un petit rituel le matin.
Un endroit que l'on commence à reconnaître.
Ces éléments peuvent sembler insignifiants.
Pourtant, la répétition crée progressivement de la familiarité, et la familiarité participe au sentiment de sécurité.
Petit à petit, ce qui était nouveau devient connu.
Puis ce qui était connu peut commencer à devenir « chez soi ».
Ne pas chercher à remplacer immédiatement ce que l'on a perdu
Une nouvelle relation ne remplacera pas exactement l'ancienne.
Un nouvel appartement ne ressemblera pas forcément au précédent.
De nouveaux amis ne remplaceront pas ceux qui vivent désormais à plusieurs centaines ou milliers de kilomètres.
Et ils n'ont pas besoin de le faire.
Reconstruire ne signifie pas reproduire à l'identique.
Certaines choses de notre ancienne vie peuvent continuer à avoir une place : des relations, des traditions, des habitudes, une langue, des souvenirs ou simplement une manière de voir le monde.
L'enjeu peut être de se demander :
Qu'est-ce que j'ai envie d'emporter avec moi dans cette nouvelle étape ?
Et à l'inverse :
Qu'est-ce que j'ai envie de construire différemment aujourd'hui ?
Se redécouvrir dans cette nouvelle vie
Les grandes transitions peuvent aussi bouleverser notre identité.
Qui suis-je lorsque je ne suis plus dans cette relation ?
Lorsque je ne fais plus ce métier ?
Lorsque je ne vis plus dans ce pays ?
Lorsque mon quotidien n'est plus organisé comme auparavant ?
Ces questions peuvent être inconfortables.
Mais progressivement, elles peuvent aussi ouvrir un espace pour mieux identifier ce qui compte réellement pour nous.
La psychologie positive peut notamment nous aider à retrouver nos valeurs, nos forces, nos ressources et ce qui donne du sens à notre quotidien.
Non pas pour transformer immédiatement cette période en « opportunité ».
Mais pour commencer à se demander :
« Qu'est-ce qui reste important pour moi, même lorsque tout autour change ? »
Nos valeurs peuvent devenir des points d'ancrage lorsque nos repères extérieurs bougent.
Accepter que l'adaptation prenne du temps
Nous sous-estimons parfois le temps nécessaire pour nous adapter à une nouvelle réalité.
Parce que le changement est officiellement terminé : les cartons sont défaits, le contrat est signé, l'avion a atterri, la séparation est actée... nous pouvons penser que nous devrions déjà avoir tourné la page.
Mais l'événement peut être terminé alors que l'adaptation émotionnelle, elle, continue.
Il y aura peut-être des journées enthousiasmantes.
Puis une chanson, une odeur, une photo ou une conversation réveillera soudainement la nostalgie de ce qui était avant.
Cela ne signifie pas que l'on revient en arrière.
L'adaptation n'est pas toujours linéaire.
Construire progressivement de nouveaux ancrages
La psychologie positive peut être particulièrement intéressante dans ces périodes, non pas pour nous demander de voir immédiatement tous les avantages du changement, mais pour nous aider à identifier ce sur quoi nous pouvons nous appuyer.
Nos forces.
Nos relations.
Nos valeurs.
Nos expériences passées.
Nos capacités d'adaptation.
Les personnes qui nous entourent.
Les petites choses qui nous font du bien.
Et les nouveaux repères que nous sommes progressivement en train de créer.
Nous pouvons également nous rappeler les transitions que nous avons déjà traversées.
Il y a probablement eu d'autres moments dans notre vie où nous ne savions pas encore comment les choses allaient se mettre en place.
Et pourtant, petit à petit, quelque chose s'est construit.
Quand cette perte de repères devient trop difficile
Une période d'adaptation peut naturellement s'accompagner de fatigue, de nostalgie, de doutes ou d'émotions contradictoires.
Mais lorsque le mal-être devient particulièrement important, persiste ou commence à avoir des conséquences importantes sur le sommeil, les relations, le travail, l'alimentation ou la vie quotidienne, il peut être utile de ne pas rester seul avec ce que l'on traverse.
Être accompagné peut permettre de déposer ce qui a été perdu, comprendre ce qui nous déstabilise et retrouver progressivement des repères adaptés à la personne que nous sommes aujourd'hui.
Entre ce qui était et ce qui sera
Certaines périodes de notre vie ressemblent à un pont.
Nous ne sommes plus vraiment de l'autre côté.
Mais nous ne sommes pas encore complètement arrivés au suivant.
Et cet entre-deux peut être inconfortable.
Il n'est pourtant pas nécessaire de savoir immédiatement à quoi ressemblera la suite.
Nous pouvons commencer par quelques ancrages. Une habitude. Une personne. Un lieu. Une activité. Un projet. Quelque chose qui nous ressemble.
Puis, progressivement, une nouvelle forme de quotidien apparaît.
Parce qu'un changement choisi peut malgré tout demander du temps pour être vécu, intégré et apprivoisé.
Et ressentir le manque de ce que nous avons quitté ne signifie pas nécessairement que nous voulons y retourner.
Parfois, cela signifie simplement que ce que nous avons vécu comptait.
