Psychologie positive : faut-il vraiment voir le bon côté des choses ?
« Pense positif. »
« Regarde ce que tu as plutôt que ce qui te manque. »
« Il y a toujours pire. »
« Essaie de voir le bon côté des choses. »
Ces phrases sont parfois prononcées avec les meilleures intentions. Pourtant, lorsqu'une personne traverse une période difficile, elles peuvent donner l'impression que sa tristesse, sa colère ou sa souffrance n'ont pas vraiment leur place.
Et c'est probablement l'une des idées reçues les plus fréquentes concernant la psychologie positive.
Non, pratiquer la psychologie positive ne signifie pas être positif tout le temps.
Il ne s'agit ni de nier les difficultés, ni de remplacer une émotion désagréable par une pensée heureuse, ni de sourire lorsque l'on aurait simplement besoin de pleurer.
Alors, qu'est-ce que la psychologie positive réellement ?
La psychologie positive ne consiste pas à nier ce qui fait mal
La tristesse, la colère, la peur, la frustration ou encore la déception font partie de notre fonctionnement émotionnel.
Ces émotions peuvent être inconfortables, parfois même très douloureuses, mais elles ont une fonction.
La peur peut nous alerter d'un danger.
La colère peut signaler qu'une limite a été franchie ou qu'une situation nous semble injuste.
La tristesse peut accompagner une perte, une séparation ou un changement important.
Chercher systématiquement à faire disparaître ces émotions reviendrait donc à ignorer une partie des informations qu'elles peuvent nous transmettre.
La psychologie positive ne cherche pas à supprimer cette partie de notre expérience.
Elle cherche plutôt à comprendre ce qui nous permet de traverser les difficultés, de nous adapter et de continuer à avancer sans nier ce que nous ressentons.
Être positif n'est pas la même chose que pratiquer la psychologie positive
La confusion vient probablement en partie de son nom.
On pourrait imaginer que la psychologie positive consiste simplement à remplacer :
« Je n'y arriverai jamais »
par :
« Tout va bien se passer ! »
Mais si la deuxième phrase ne correspond absolument pas à ce que nous ressentons, elle risque d'avoir peu d'effet.
On peut alors chercher une pensée plus réaliste :
« Aujourd'hui, j'ai peur de ne pas y arriver. Je peux néanmoins avancer étape par étape et voir quelles ressources peuvent m'aider. »
La différence peut sembler subtile, mais elle est importante.
On ne nie pas la peur.
On lui laisse une place sans lui donner nécessairement toute la place.
Et la pensée positive, alors ?
Voir le positif peut évidemment faire du bien.
Remarquer un moment agréable, ressentir de la gratitude, savourer une réussite ou porter son attention sur ce qui fonctionne peut contribuer à notre bien-être.
Le problème apparaît lorsque cela devient une obligation.
« Tu dois rester positif. »
« Il faut être reconnaissant. »
« Tout arrive pour une raison. »
Cette injonction au bonheur peut parfois produire l'effet inverse : une personne souffre… puis culpabilise de souffrir.
Elle peut finir par penser qu'elle gère mal la situation parce qu'elle n'arrive pas à voir le positif.
Or, certaines situations sont simplement douloureuses.
Une séparation fait mal.
Un deuil fait mal.
Une maladie peut être profondément injuste.
Un épuisement ne disparaît pas avec trois pensées positives.
Reconnaître cette réalité n'est pas être négatif. C'est accueillir ce qui est présent.
Alors, sur quoi travaille la psychologie positive ?
La psychologie positive s'intéresse notamment à ce qui permet aux personnes de développer leur bien-être et de mobiliser leurs ressources.
Cela peut passer par différentes dimensions : les forces personnelles, les relations, les émotions agréables, l'engagement, le sentiment d'accomplissement, les valeurs ou encore ce qui donne du sens à notre vie.
Prenons un exemple.
Une personne traverse une séparation.
Une approche centrée sur la psychologie positive ne consisterait pas à lui dire :
« Maintenant, pense à tous les avantages d'être célibataire ! »
Elle pourrait plutôt l'aider à reconnaître sa tristesse, comprendre ce que cette relation représentait pour elle, identifier les ressources dont elle dispose aujourd'hui et progressivement se demander :
Qu'est-ce qui est important pour moi maintenant ?
Sur qui puis-je m'appuyer ?
Quelles qualités m'ont déjà aidé(e) à traverser des périodes difficiles ?
Qu'est-ce que cette nouvelle étape m'oblige peut-être à redéfinir ?
Quel pourrait être mon prochain petit pas ?
La difficulté reste présente.
Mais elle n'est plus la seule chose que l'on regarde.
Retrouver ses forces lorsque l'on ne les voit plus
Lorsque nous traversons une période difficile, notre regard sur nous-mêmes peut devenir particulièrement sévère.
Nous remarquons davantage nos erreurs, nos fragilités ou tout ce que nous ne parvenons plus à faire.
La psychologie positive peut aider à remettre progressivement en lumière certaines ressources personnelles.
La persévérance.
La créativité.
La curiosité.
Le courage.
La capacité à aimer.
L'humour.
La gentillesse.
La capacité à demander de l'aide.
Reconnaître ses forces ne signifie pas se considérer comme invincible.
Cela permet simplement de se rappeler que nous ne sommes pas uniquement constitués de nos difficultés.
Et parfois, une force ne ressemble pas du tout à ce que nous imaginions.
Le courage peut être continuer.
Mais le courage peut aussi être s'arrêter.
La persévérance peut être essayer encore une fois.
Mais prendre soin de soi peut être accepter que cette fois-ci, nous avons besoin d'aide.
Les ressources ne sont pas uniquement en nous
Parler de ressources personnelles ne signifie pas que chacun devrait être capable de tout surmonter seul.
Nos ressources peuvent aussi être extérieures.
Une personne de confiance.
Un ami.
Un professionnel.
Une famille.
Une association.
Une activité.
Un environnement sécurisant.
Un lieu dans lequel nous nous sentons bien.
Savoir mobiliser ses ressources signifie donc parfois reconnaître ses propres capacités… et parfois reconnaître que nous avons besoin des autres.
Demander de l'aide peut, en soi, être une ressource.
Apprendre à remarquer ce qui va bien sans nier ce qui va mal
Notre attention peut naturellement être attirée par ce qui menace, inquiète ou pose problème.
Lorsque nous traversons une période difficile, ces éléments peuvent prendre encore davantage de place.
La psychologie positive peut alors nous inviter à élargir légèrement notre regard.
Pas pour faire disparaître ce qui va mal.
Mais pour remarquer également ce qui existe à côté.
Une conversation qui nous a fait du bien.
Une petite réussite.
Un moment de calme.
Une personne présente.
Quelque chose dont nous sommes fier(e).
Une décision que nous avons réussi à prendre.
Une journée un peu moins difficile que la précédente.
Deux réalités peuvent exister en même temps.
Je peux traverser une période difficile et avoir passé un bon moment aujourd'hui.
Je peux être triste et rire.
Je peux avoir peur et avancer malgré tout.
Je peux aimer ma vie et parfois la trouver épuisante.
L'une de ces réalités n'annule pas l'autre.
La psychologie positive n'est pas une obligation au bonheur
C'est peut-être finalement le point le plus important.
L'objectif n'est pas de devenir une personne qui va bien tout le temps.
Une telle personne n'existe probablement pas.
Notre vie est faite de mouvements : des réussites, des pertes, des rencontres, des changements, des périodes de confiance et d'autres beaucoup plus fragiles.
Chercher le bien-être ne signifie donc pas éliminer toutes les émotions désagréables.
Il s'agit plutôt d'apprendre à mieux nous connaître : comprendre nos besoins, reconnaître nos forces, identifier nos ressources, prendre soin de nos relations et construire progressivement une vie qui correspond davantage à nos valeurs.
Accueillir ce qui est là… puis regarder ce qui peut nous aider
Face à une difficulté, la première question n'a pas toujours besoin d'être :
« Comment voir le positif ? »
Elle pourrait être :
« Qu'est-ce que je ressens ? »
Puis :
« De quoi ai-je besoin aujourd'hui ? »
Et lorsque nous sommes prêts :
« Sur quelles ressources puis-je m'appuyer pour avancer ? »
Parfois, la réponse sera une force que nous avions oubliée.
Parfois, une personne.
Parfois, une décision.
Parfois, simplement du temps.
La psychologie positive ne nous demande pas de regarder la vie à travers des lunettes roses.
Elle nous invite à regarder l'ensemble du paysage : les difficultés qui existent réellement, mais aussi les forces, les ressources, les relations et les possibilités qui peuvent nous aider à les traverser.
Et certains jours, prendre soin de soi commence simplement par accepter que l'on n'a pas besoin d'aller bien tout de suite.
